vendredi 17 décembre 2010
Compte rendu du Café Psycho du mois de Décembre 2010
samedi 6 novembre 2010
Quelques images du Café Psycho de Novembre 2010
Voici un petit compte-rendu imagé de cette dernière rencontre :


dimanche 4 avril 2010
Compte rendu du Café Psycho du mois d'Avril 2010
Plutôt qu'un long discours, voici une bibliographie concernant l'histoire de la psychiatrie et de la psychothérapie institutionnelle.
Sur l’histoire de la psychiatrie :
jeudi 25 mars 2010
Compte rendu du Café Psycho de Mars 2010

La rencontre de ce mois de mars a commencé par la projection de plusieurs extraits du film La Vague, réalisé en 2008 par Dennis Gansel. Il s’agit de l’histoire d’un professeur de lycée qui propose à ses élèves, lors d’une semaine thématique, une expérience visant à leur expliquer le fonctionnement d'un régime totalitaire. Commence alors un jeu de rôle grandeur nature durant lequel ce professeur organise une communauté fonctionnant comme une unité possédant un symbole, un salut, un uniforme, des règles : la vague. Cependant certains lycéens prennent la situation très au sérieux, elle finira par devenir incontrôlable.
Ce film est très largement inspiré de La Troisième vague, étude expérimentale du fascisme, menée par le professeur d’histoire Ron Jones avec des élèves de première du lycée Cubberley à Palo Alto pendant la première semaine d’Avril 1967. Cette expérience pédagogique avait pour but de faire comprendre les mécanismes du "suivisme", tel qu'il a pu être vécu par les Jeunesses Hitlériennes lors du IIIème Reich. N’arrivant pas à expliquer à ses élèves comment les citoyens allemands avaient pu, sans réagir, laisser le parti nazi procéder au génocide de populations entières, Ron Jones décida d’organiser une mise en situation. Il fonda un mouvement nommé « La Troisième Vague », dont l’idéologie vantait les mérites de la discipline et de l’esprit de corps, et qui visait à la destruction de la démocratie, considérée comme un mauvais régime en raison de l’accent qu’elle place sur l’individu plutôt que sur la communauté.
Si vous désirez avoir davantage d’informations sur cette étude et sur son déroulement, vous pouvez consulter cet article.
Difficile de rester indifférent devant de telles images. La plupart des participants ont été interpellés par ce film, qu’ils visionnent pour la première fois ou non. D’ailleurs, on sent la charge affective que provoquent en nous ces extraits, à la vue du silence qui s’installe au départ.
Après avoir, pour certains, exprimé ces affects pénibles, un certain nombre d’éléments nous interpellent et de nombreuses questions se posent :
- Comment aurions-nous agi dans une situation similaire ?
- Conscient des enjeux de ce film et des différentes stratégies de manipulation étudiés lors notre formation, ne serions-nous pas également pris par ce mouvement ?
- Comment cela peut se produire ? Quels mécanismes sont mobilisés ?
- Par quel processus en vient-on à ne plus penser ?
- Pourquoi obéissent-ils ?
Le parallèle avec l’expérience de Milgram est alors énoncé. Cependant, ici, l’obéissance n’est pas liée à l’autorité du savoir (autorité attribuée par le cadre universitaire et le symbole des blouses blanches). D’ailleurs, plutôt que de parler d’obéissance, on évoquerait davantage la notion d’adhésion à un groupe avec idéalisation et identification au leader charismatique mais également identification aux autres membres. Ces identifications permettent de construire des liens forts et une cohésion importante au sein du groupe. De plus, selon Le Bon, chacun des membres déposerait son idéal du moi dans le leader. Cette identification faciliterait une plus grande cohésion et un plus grand contrôle.
Pourquoi adhérer au groupe ? Nous appartenons tous à différents groupes : sociaux, culturels, politiques, religieux, phénomènes de mode vestimentaires, musicales, littéraires… La question était donc plus pour nous de tenter de comprendre pourquoi un groupe d’individus peut basculer dans un fonctionnement qui disqualifie l’individu au profit du groupe, entrainant alors une impossibilité de penser. La question de la quête d’appartenance ainsi que l’affaiblissement du modèle autoritaire sont des éléments de réponse (gardons, de plus, à l’esprit que ce sont deux modèles actuellement en crise). Notre discussion s’est finalement orientée du côté des repères ; peut-on dire qu’il est plus facile à des individus en manque de repères stables de se laisser embrigader dans de tels groupes ? Et qu’en est-il dans notre société où l’individu est au contraire aux prises avec une multitude de repères ? N’est-ce pas autant instable ?
De plus, l’adhésion à la communauté offre des bénéfices secondaires à chacun des membres ainsi qu’au leader. Chacun trouve une place dans laquelle il se sent reconnu, qui lui apporte une sécurité affective et à partir de laquelle, il peut accomplir des désirs. D’où un sentiment de satisfaction et d’euphorie ainsi que se « laisser aller » voire cet engouement pour la communauté.
Tous ces bénéfices secondaires expliquent certainement l’attrait que chaque membre a vis-à-vis du groupe mais aussi les résistances à s’en dégager.
La difficulté à s’en dégager peut également être le fruit du clivage entre le dehors et le dedans. De tels groupes autoritaires, autocratiques trouvent leur cohésion et leur solidité grâce à ce clivage qui disqualifie l’autre : on est avec le groupe ou on est contre. Il n’y a pas d’autre alternative. On comprend bien la difficulté à se dégager du groupe (et même la difficulté à ne pas y adhérer) : car s’en éloigner, c’est devenir un ennemi contre lequel il faut lutter. Il s’agit donc de se retrouver seul contre ce groupe solide et cohésif (place qui est subjectivement difficile à tenir). Enfin, ce clivage protège le groupe de la remise en question (dont l’un de ses aboutissements pourrait être son implosion).
Il y a une véritable attaque de la pensée. Chacun des membres se démet de sa pensée et délègue le questionnement au leader (lui-même démuni de cette pensée par la perte de contrôle). En lui obéissant, chacun se désengage de toute responsabilité personnelle. L’appartenance à un groupe désinhibe et rend l’acte plus facile car chacun des membres est soutenu par les valeurs inscrites par le groupe. De même, comme le souligne Anzieu, le groupe est différent de la somme des individus qui le composent, ce qui permet à chacun des membres de ne plus se sentir seul, individuel, éphémère, mais lui donne une force par un groupe qu’il juge comme permanent. Avec cette attaque de la pensée, le sentiment qui ressort est que le groupe peut être assimilé à quelque chose de symbiotique, d’archaïque. D’ailleurs, selon Le Bon, la communauté est comme un corps composé de cellules. La référence au corps, et tout le vocabulaire utilisé tel que « les membres », renforce cette idée d’archaïque.
Avec ce film, apparaît une autre vision du leader autocratique. Vu habituellement comme un manipulateur contrôlant la situation, le film nous montre qu’il est lui-même submergé par ce mouvement qu’il ne contrôle plus, qu’il est lui-même manipulé par un processus qui le dépasse. La question de l’auto-manipulation se pose ici : aussi bien pour le leader que pour les membres de la communauté.
Pour finir, comment faire pour ne pas être influencé par de tels groupes ? On ne peut pas échapper à l’influence. La seule solution est de multiplier les influences ce qui permet à chacun de réfléchir par soi-même et de critiquer, dans le but de ne pas se laisser manipuler. Cela est-il suffisant ? Difficile d’y répondre mais il semblerait que ce soit l’alternative la plus satisfaisante.
lundi 1 mars 2010
Compte rendu du Café Psycho de Février 2010
Le principe ? Nous avons proposé aux participants de se mettre debout, en cercle, et de choisir silencieusement deux personnes au choix. Une fois ce choix fait, la consigne était de se déplacer dans la salle de telle sorte que chaque participant soit à égale distance des deux personnes qu’il avait choisies au préalable.
Nous nous sommes alors rendu compte de la complexité de cette situation : chaque mouvement effectué entraînait le déplacement de tous. Un bon nombre de ressentis furent alors partagés. L’interaction entrainée par cette situation a fait émerger des émotions, sentiments, interprétations proches de ceux qui nous animent en société. Nous avons également pu observer l’attrait et la curiosité que pouvaient susciter cette mise en situation, certains changeant de position afin que le mouvement poursuive.
Très vite, cette mise en situation nous a permis d’évoquer un certain nombre de concepts autour de la notion d’influence. En premier lieu, nous avons parlé de « l’effet papillon » (métaphore de la théorie du chaos) et de l’approche systémique comme deux exemples qui permettent d’aborder les concepts de système, d’interactions, de rétroactions, de régulations, d’organisation, etc.
Chacun des participants a pu ainsi réfléchir aux liens qui nous unissaient, que nous soyons en contact direct ou non avec les personnes qui nous entourent (les personnes que nous avons choisies dans cette mise en situation et les autres). Quoi que l’on fasse, nous influençons toujours notre environnement. A plus grande échelle, nous avons pu évoquer le phénomène sociétal mais aussi l’investissement du psychologue dans sa profession. Doit-il prendre en compte l’individu, l’environnement, ou l’individu dans son environnement ? Un membre souffrant provenant d’une famille doit-il être traité seul, ou avec les autres membres ? Qu’en est-il alors de la cure psychanalytique qui s’effectue entre un analyste et un sujet seul ? Un changement chez le patient, à la suite de cette thérapie, n’aurait-il pas une influence sur les autres membres de la famille ? Faudrait-il donc s’intéresser à l’ensemble de ses relations ? Est-ce envisageable et convenable ? Et comment ?
La question du désir, de la demande est un élément important à prendre en compte. Car le désir ou du moins la demande est au centre de toute thérapie. Sans cela, aucun changement ne peut être amené dans le fonctionnement du sujet, et donc de son environnement.
La question du choix est alors apparue (choix déjà évoqué au moment où nous avons décidé de suivre arbitrairement deux personnes). Car oui, les influences sont nombreuses et précèdent notre existence, mais le libre arbitre est toujours.
Pour finir, afin d’exposer l’importance des influences, la référence au film « la vague » a été évoquée. Ce film relate une expérimentation tragique concernant la possibilité (ou impossibilité) de ne subir aucune influence. La projection d’un extrait de ce film suivi d’un débat a été envisagée comme thème d’une prochaine rencontre.
samedi 30 janvier 2010
Compte rendu du Café Psycho du 14 Janvier 2010
Vaste sujet qui ne fut pas si simple à aborder et cette mise en situation nous a permis d’approcher ces deux notions.
La question qui nous est posée est de classer les différents personnages par ordre croissant de responsabilité. Déjà là, la première difficulté s’impose : il n’est pas facile de désigner individuellement qui est le plus responsable de l’acte et qui l’est le moins. Très vite, nous comprenons que chaque protagoniste de l’histoire a sa part de responsabilité. Deuxième difficulté : trouver un consensus. Chacun a sa propre vision de l’histoire. D’ailleurs, nous ressentons très vite que, malgré les détails apportés par le texte, ils sont insuffisants et nous sommes donc amenés à projeter un certain nombre d’éléments pour étayer cette histoire et combler les « trous ».
Les arguments fusent pour appuyer le fait qu’on désigne tel ou tel personnage comme le plus (le moins) responsable. Grâce à cela, nous essayons d’échanger et de construire ensemble. Ces arguments, ces visions de l’histoire sont clairement empreints de nos représentations personnelles ; représentations dont il est difficile de se déprendre et qui sont une des bases de notre raisonnement. Notre discours et sa façon de l’énoncer font apparaitre qu'il est porté par nos représentations personnelles, notre histoire...
Rapidement des questions se posent : peut-on objectivement hiérarchiser les protagonistes selon leur part de responsabilité ? Peut-on arriver à un consensus qui convienne à tous ? Peut-on accepter que notre représentation (propre à notre identité, etc.) puisse ne pas être commune aux autres ? Et comment ? Comment prendre une décision dans un tel contexte ?
Cette situation que l’on peut rapprocher de celle des juristes nous montre à quel point prendre une décision groupale peut être une démarche longue et difficile et que la subjectivité n’y est pas exempte. Nos représentations et nos préjugés sont présents à tout moment et influencent en permanence nos comportements, nos pensées, nos opinions, etc. Nous les expérimentons tous les jours sans même en avoir conscience.
Cette expérience inédite a permis à chacun de confronter les dits représentations et préjugés, en cela cette rencontre fut très enrichissante et a ainsi pu laisser émerger une dynamique nouvelle. Cette initiative se verra donc peut-être reproduite…
mercredi 16 décembre 2009
Compte rendu du premier Café Psycho de l'année
Vaste sujet qui ne fut pas si simple à aborder et nous avons cherché, à travers l’Histoire, à définir ces notions qui ont beaucoup évolué.
Alors que la souffrance psychique et mentale entraînait une mise à l’écart et l’enfermement jusqu’à la fin du 18ème, les prises en charges ont énormément évolué. En effet, l’évolution des mentalités dues à l’Histoire (notamment la seconde guerre mondiale et le traitement qui était alors réservé aux fous), aux découvertes médicales (apparition des neuroleptiques), aux politiques nationales et internationales (politique de secteur) (…) tendaient vers une prise en charge prenant réellement en considération le sujet.
Cependant nous avons remarqué, que depuis une trentaine d’années, les choses se dégradent avec des discours et des réformes qui vont à l’encontre des professions de la santé et de la qualité des prises en charges.
Cet ensemble de réformes vient s’inscrire dans une ambiance marquée par le discours sécuritaire qui touche de manière générale la France depuis quelques années.
Le meurtre d’un étudiant Grenoblois par un patient schizophrène en sortie d’essai est venu alimenter cette angoisse sécuritaire ambiante. Le discours du Président de la république du 2 décembre 2008, à l’hôpital psychiatrique d’Antony sur la « dangerosité des fous » a alarmé professionnels et bénéficiaires. Cela a entraîné la mise en acte d’un plan d’action dans le milieu psychiatrique, un plan de sécurisation où il s’agirait d’enfermer, de contrôler et en somme, de couper le lien social plutôt que de soigner.
Dès lors, le dialogue a tourné autour de la réalité psychiatrique et institutionnelle, des conséquences des réformes en place ou à venir, des expériences de chacun.
Comment peut-on apporter du soin à un sujet qui devient objet ? Quelle peut-être la place du psychologue là où tout devient quantifié, où les sujets sont enfermés, où la pratique est évaluée ?
Les réformes souhaitées par le gouvernement s'inscrivent dans une démarche plus vaste. Nous sommes dans un changement sociétal où les représentations anxiogènes sont très présentes. C'est d'ailleurs pour cela que sont apparus tous ces protocoles, ces règles, ces questions d'hygiène et de sécurité. Ils se présentent comme des défenses pour faire face à des peurs qui nous tétanisent.
Taire l’Histoire de la psychiatrie, du sujet, notre animalité propre à chacun, et cela au profit du quantifiable, du contrôlable… nous montre la peur de "l'autre en soi".
Séparer alors la folie de la normalité a pour but de cacher notre folie propre, de stigmatiser, de trouver un bouc-émissaire pour mettre notre propre dangerosité loin de nous.
Nous avons parlé longuement de ces réformes, des difficultés du psychologue à se positionner face aux différentes exigences (politique, institutionnelle, organisationnelle, légale, déontologique, etc...) voire même de son incapacité à le faire dans certains cas. Cependant il ne faut pas nous faire emporter par cette vague négative : une marge de manœuvre est possible. « Ruser » et créer plutôt qu’être tétanisé. Résister là où il n’y a pas de « légitimité », pour s’opposer à ces exigences qui ne sont pas en accord avec nos convictions personnelles.
Voici des exemples de ces formes de résistances :
- Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire : Ce collectif né suite au discours du 2 décembre permet aux professionnels de se retrouver pour s’informer et lutter ensemble contre le discours sécuritaire et les réformes mises en place. Pour plus d’informations http://www.collectifpsychiatrie.fr/
- à Bondy, dans le Nord, en Bretagne et dans bien d’autres lieux encore : des intitulés modifiés tel que : Atelier thérapeutique ayant lieu tous les midis pour permettre la préparation de repas par les usagers (la cuisine en collectivité étant interdite pour des questions d’hygiène)
Cela illustre une certaine "ruse" de la part des membres des Institutions qui joueraient sur les mots pour laisser une place au sujet là où la logique gestionnaire et sécuritaire rend les choses plus compliquées pour les professionnels, les patients et leur famille...
Bien sûr, ces initiatives ne sont pas simples. Bien au contraire... Pour y arriver, il est nécessaire de se constituer en groupes/collectifs dans lesquels se rassemblent des personnes qui ont une base éthique, des valeurs, des considérations communes... C'est grâce à cette cohérence que la créativité peut émerger et aboutir à une 3ème voie.
Après 1h30 de discussion, le débat s'est clôturé avec une proposition d’un étudiant : inviter une personne de la SEHREP qui viendrait nous parler du secteur psychiatrique et poursuivre cette rencontre par une visite groupée du musée de la folie à Ville-Evrard. A suivre…
lundi 1 juin 2009
Compte rendu du Café Psycho sur la désobéissance
Café psycho du 6 Mai 2009
La désobéissance
Patricia Tutoy
Bonjour à tous,
Voici un compte rendu du Café Psycho du mercredi 6 Mai. Malgré le changement de salle et une journée différente de d’habitude, nous avons été heureux de voir une cinquantaine de personnes présentes. Ce Café Psycho fut le lieu de nombreuses interventions et interactions. Voilà de quoi vous replonger dans nos discussions et quelques pistes de lectures pour vos recherches personnelles !
I : Projection d’un extrait du film I comme Icare, 1979

La rencontre a commencé par la projection d’un extrait du film I comme Icare, réalisé en 1979 par Henri Verneuil. Inspiré par l’assassinat de John F. Kennedy, il s’agit d’une enquête policière concernant l’accusation d’un homme supposé responsable de ce meurtre. Lors de ses recherches, le procureur se rend dans une université pour rencontrer un professeur qui avait fait passer un test à l’accusé. Il s’agit de la reproduction de l’expérience de Milgram.
Vous pouvez visionner ces séquences sur internet :
II. La discussion
Des questions se posent et des liens se font :
- Par quel processus en vient-il à ne plus penser ? (ne pas déplaire au père ? Pour faire plaisir à quelqu’un ? )
- Pourquoi obéit-il ?
- Pourquoi et comment désobéir ?
- Quels exemples dans le passé ?
- Et nous ? Que ferions-nous ??!
- Quel lien avec la situation actuelle ?
Qu’est ce qui le fait obéir dans cette expérience?
- Le symbole de la blouse blanche à qui l’on confère le symbole du savoir
- Le cadre de l’université
- L’adhésion au sujet de l’expérience auquel il a accepté de participer. Nous pourrions reprendre le terme utilisé par Robert Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois dans Le petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens : Le « pied dans la porte ». Cette notion décrit le fait d’accepter une demande coûteuse, si au préalable on en a accepté une première, peu coûteuse. L’argent n’a rien à voir. Il s’agit d’auto manipulation. Le sujet croit s’être engagé dans un acte librement (… faux choix entre avoir la position du puni et du punisseur)
- et c’est plus difficile pour lui de faire marche arrière ; en effet, en arrêtant l’expérience aussi loin, il admet implicitement qu’il a eu tort d’être allé jusque là ….
- Enfin, il se démet de sa pensée et délègue le questionnement à l’autorité. En obéissant à l’autorité, il se désengage de toute responsabilité personnelle ; cela lui permet alors d’éviter le tiraillement entre sa culpabilité face à la souffrance de l’autre et son obligation de continuer.
Pourquoi obéir, en général ?
Il y a des avantages :
- La sur conformité du moi.
- Les Avantages sociaux, car la société nous pousse à obéir, et n’hésite pas à acheter notre obéissance et notre soumission en nous offrant une place sociale juteuse. Cela nous amène donc aux notions de pouvoir et de place dans la société.
Il y a donc plus d’avantages à obéir qu’à désobéir !
Et pour reprendre ce que disait LACAN en 1968: « Ce qu’il vous manque c’est un maître » ; l’être humain à l’origine est fait pour obéir.
Parler d’obéissance nous a donc conduits à parler de leader. Nous nous sommes interrogés sur la légitimité des actes du leader et avons soulevé des questions comme : comment agit la pression du groupe face à des actes de manipulation de ce même leader ?
Cette pression déresponsabilise les individus. Une vidéo, « dossier de l’Ecran » illustre cela en présentant un ancien nazi se rendant 10 ans après sur les lieux de son exaction. Alors que la première fois son comportement n’était que violence, il adopte en ce deuxième temps un comportement humain. Il ne s’agit pas d’une prise de conscience, mais d’une situation différente. Lors de ses actes, la pression groupale était telle qu’elle déresponsabilisait son comportement.
Pour aller plus loin nous pourrions également nous intéresser à la notion de
De plus, nous obéissons d’autant plus lorsque les ordres sont suffisamment bien donnés. En effet, lorsque les tâches sont dispersées, que les responsabilités sont finement délayées, tout à chacun pense réaliser sagement et indépendamment son travail.
Lors de
Nous en venons alors à une question clé :
Pourquoi et quand désobéir ?
« Nul n’est tenu d’obéir à un ordre qui porte atteinte à la dignité de l’homme. »
Raoul Vaneigem, Ecrivain, philosophe
Serait ce en fonction de :
- L’échelle de valeur ?
- L’empathie ?
Le contact physique
Il apparaît lors de l’expérience, que le contact physique diminue les chances d’obéissance. Lors de
Et la situation aujourd’hui ?
Les gens sont de moins en moins choqués par les images chocs. La désobéissance est stigmatisée. Les désobéissants sont exclus et les propos sont détournés par les médias.
Comment responsabiliser nos enfants ? Quelle éducation leur donner pour qu’ils n’obéissent pas à tout ordre ?
Mais la question des limites est importante: celles-ci sont à penser au terme d’autorité et non d’autoritarisme. On peut poser dans limite et laisser les moyens à l’autre de réfléchir par lui-même et de critiquer. L’autorité est plus dangereuse quand elle n’est pas portée par une institution, qu’il n’y a pas de cadre.
Des pistes et des liens si vous souhaitez approfondir ces questions :
Sur
Voir Anna ARENDT et le procès d’Adoff EICHMANN, notamment Eichmann à Jérusalem
OU encore le film de Rony BRAUMAN: Un spécialiste toujours sur ce SS, responsable de la logistique de la solution finale.
Ou dans l’histoire du Danemark : La désobéissance par rapport au port de l’étoile juif.
Sine hebdo du mercredi 6 Mai sur le devoir de solidarité.
Dès à présent retrouvez des photos du Café Psycho de ce jour
Avant notre prochain compte rendu concernant cette rencontre et pour vous faire patienter, voici quelques photos de cette rencontre.
dimanche 31 mai 2009
Compte rendu de la rencontre avec le Dr Guyader
Le 02 Décembre 2008, le Président de la République a fait un discours concernant une réforme de l'hospitalisation en psychiatrie. Ce discours s'est tenu au lendemain d'un drame qui impliquait un patient atteint d'une maladie mentale et Mr Sarkozy a désigné de tels patients comme dangereux. Il souhaite voir ces gens vulnérables assignés à des lieux de réclusion.
Suite à ce discours, Mr Guyader a envoyé une lettre au Président de la République pour lui faire part de son mécontentement. Vous pouvez la consulter à cette adresse.
Ces événements sont la base de la rencontre qui a eu lieu le 9 Avril 2009. En voici un compte rendu:
Le Dr Guyader a commencé par un historique des luttes et des réformes ayant conduit à la pratique de la psychiatrie telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les idées de PINEL, reprises par ESQUIROL ont menées à la réglementation psychiatrique de 1838 qui a permis de soigner les aliénés alors qu’ils étaient attachés et confondus avec le criminel.
A cette époque, l’hôpital tient une fonction d’asile qui perdurera jusqu’à ce que, dans un mouvement commun avec le front populaire, naquirent dans les années 50 les désaliénistes (tels que LE GUILLANT, BONNAFE, TOSQUELLES…) qui ont détruit la psychiatrie et construit sur ces ruines une nouvelle pratique. Dans cet intervalle, la guerre a pris place. Il y eut 45 000 morts en hôpital psychiatrique: morts de faim, de froid, etc… ce nombre effrayant nous amène à poser une question : est-ce que tout ces morts sont à comptabiliser dans la politique de Vichy dans un « préserver ceux qui en vaillent la peine » ?
Cependant, à côté de cela, dans certains hôpitaux, comme à Saint-Alban avec TOSQUELLES, la volonté de rester humain était encore privilégiée et le travail continuait.
De PINEL à TOSQUELLES, le « penser le soin » a fait naître, dans les années 60, la psychothérapie institutionnelle. De part l’écoute sinon l’éthique des pratiques qu’elle permet, le nombre d’hospitalisation et de passage à l’acte a diminué. Ceux qui prêteraient cela aux neuroleptiques, arrivés en 1952 sont, selon le Dr GUYADER, à qualifier d’escrocs. En effet, ce qui est significatif et qui permet de voir ces nombres diminuer ne sont pas ces médicaments mais plutôt l'attention que les soignants portent à leurs patients. Cette écoute et cette attention sont primordiales dans l'amélioration de l'état de ces malades. Dans cette mouvance - encore actuelle malgré l’intention de la faire taire par le biais de réformes « sécuritaires » de la part du gouvernement - citons Guy BAILLON qui veut remplacer la fonction asilaire de l’hôpital par la fonction d’accueil qu’il nous invite à penser - notion qui ne peut être applicable avec les réformes actuelles, si ce n’est par la résistance.
En effet, « Tout le monde sait, sauf ceux qui ne veulent pas l’entendre que les patients sont vulnérables, en danger dans leur corps social »: ils ont besoin d’une disponibilité d’esprit, de cœur et d’accompagnement, sinon leur sort est difficile. Le nombre de lit importe moins que les moyens qualitatifs. « Il n’est pas question de faire de la psychiatrie à la petite semaine ! » : faire un entretien tout les jours peut être très important pour un grand psychotique. Plus on s’occupe d’eux, moins on n’a besoin de leur prescrire des médicaments. Il nous faut entendre ce qu’ils disent : par exemple, en développant de grave maladie, c’est la question de besoin de maternage que nous pouvons peut-être nous poser.
A l'heure actuelle et avec les réformes proposées, il y a une tentative d’éradication de la psychanalyse à l’université et en France ainsi qu'une attaque de la psychopathologie en milieu psychiatrique. Il y a une sorte de volonté de penser l’autre comme simple et pouvant être compris par un ordinateur: c'est une suppression de la complexité qui fait l’homme, et plus précisément du sujet lui même. Les réformes limitent l’entrée/sortie des patients, elles mènent à enfermer une personne selon sa potentielle dangerosité. Les patients sont considérés comme atteints d’une infection biologique et dangereuse, non pas comme un être de vie. C’est pourquoi il nous faut résister et ne pas céder.
Nous avons la capacité de lutter en résistant, en n’appliquant pas ces mesures prises autant qu’il nous est possible. Il nous faut résister là où il y a de la vie malgré ce soin que l’on norme en amenant l’hôpital à être géré comme une entreprise. Nous en revenons à cette marchandisation de l’humain que nous refusons également par le mouvement universitaire actuel.
Nous avons ce devoir de ne pas quitter ce qu’est notre pratique. Le soin doit être là où surgit la souffrance. Le soin, c’est de permettre au patient de récupérer une capacité de vie avec le moins de souffrance ; et le discours qui circule, selon nous, va empêcher cela. Le soin c’est aussi privilégier le lien sur le lieu avec un engagement de l’équipe psychiatrique, le soin c’est « être-là » pour le patient.
Rencontre avec Mr Guyader en images
Voici quelques photos de cette rencontre.
Compte rendu du deuxième Café Psycho
Café psycho du Jeudi 02 Avril 2009
Malgré les perturbations des transports et le blocage filtrant de l’université qui auraient pu tous deux porter préjudice au Café Psycho, une soixantaine de personnes, dont quinze enseignants, étaient présents à ce deuxième temps de rencontre.
L’organisation a été quelque peu modifiée puisque, par crainte d’un trop petit nombre de participants, nous avions décidé de faire une pierre deux coups en couplant l’intervention de M.Chiantaretto avec le Café Psycho.
Le contenu :
M. Chiantaretto a introduit cette rencontre en nous parlant de Malaise dans la culture rédigé par Freud en 1929. La notion clé, comme l’indique le titre, est celle de culture. Selon lui, la question principale, posée par ce texte est celle-ci :
A quelle condition pouvons-nous vivre ensemble ?
L’étude de ce texte a un intérêt tout particulier en ces temps de crises, puisque les notions que Freud a développé nous renvoient à notre actualité :
La haine de la pensée et la haine de la culture
La volonté de contrôle de la nature
La recherche du bonheur
En effet, tout ceci peut être, et doit être rapproché de ce qui se passe aujourd’hui lorsque l’on voit les réformes cloisonnant les lieux de réflexion, de transmission des savoirs, de prise en charge de personnes en difficultés, etc.
Mais aussi, avec cette politique en vogue de maîtrise, de contrôle. On souhaite ficher les gens, soigner les gens, leur enlever ce qu’il y a d’humain pour ne rendre d’eux que du quantifiable, modifiable, dénué d’émotions. Tout ceci dans le but de prendre uniquement ce qu’il y a de rentable en niant l’individualité de chacun et leur sensibilité.
Toutes les mesures misent en place actuellement résultent d’une volonté de destruction, d’anéantissement de la pensée ; en effet, l’homme qui ne pense pas est davantage maniable, et donc, contrôlable, ce qui nous ramène toujours à cette même problématique d’une politique de contrôle mêlée à une haine de la pensée.
Or, cette volonté de destruction porte en elle-même un paradoxe : si quelqu’un cherche à détruire notre possibilité de penser, nous prenons alors conscience de notre capacité de réflexion….
Parallèlement à cette réflexion sur cette volonté d’anéantissement de la pensée, il a été évoqué une citation du philosophe Spinoza, qui reste cruellement d’actualité…. « Il ne faut pas seulement que la population soit pauvre, il faut aussi qu’elle soit triste. ». Ainsi, l’homme qui est dans la tristesse va progressivement renoncer, alors que la présence d’angoisse montre, elle, que l’on ne renonce pas….
L’angoisse présente dans chacun des discours prouve que nous ne sommes pas encore assez tristes pour être prêts à renoncer !
A la suite de cette ouverture faite par M. Chiantaretto, les commentaires, les ajouts, les questions ont fusé.
- On parle du rapport au corps et de sa réduction à une place d’objet, poussé par un désir de contrôle.
- On parle de pulsion de vie, de pulsion de mort.
- On parle de l’importance du jeu, d’entrer dans un jeu et de l’importance de savoir jusqu’où nous avons conscience de jouer à quelque chose, et jusqu’où nous pouvons accepter d’être dans ce jeu.
- On différencie l’individu du sujet
Le sujet est grave et soulève une fois encore la question de l’inquiétude et de l’angoisse. Etudiants mais aussi enseignants témoignent ici d’un malaise profondément ancré.
Ce texte de Freud est très pessimiste. Et la deuxième publication l’était encore davantage que la première. Nous avons certes établit un parallèle entre ses écrits et la situation actuelle mais les conclusions étaient cependant beaucoup plus positives que les siennes.
En effet, lorsque l’on résiste, on tente de survivre, et lorsque l’on survit, on ne vit pas. Tout ceci à une forte tonalité dramatique, mais la situation actuelle doit être tournée autrement, et dans ces groupes de rencontre, nous constatons certes, de la résistance mais aussi, et surtout, de l’espoir !
Nous nous retrouvons, mettons des mots sur ces angoisses, et pouvons ainsi la travailler. Nous résistons en continuant à communiquer et à penser. La parole circule, des initiatives se mettent en place. Nous ne sommes pas complètement perdus et ne devons pas nous laisser envahir par la peur. Se cacher et vivre avec insouciance seraient se faire prendre comme dans le mythe de la caverne et se contenter d’une fausse réalité parfois plus confortable puisque connue.
Le blocage de l’université peut être considéré comme un blocage de la pensée. C’est pourquoi d’autres idées émergent quant à d’autres possibilités d’échanges, en incluant des personnes extérieures à la psychologie mais également extérieures à l’université.
Compte rendu du premier Café Psycho
Bonjour !
Tout d’abord, le Café Psycho vous remercie de votre présence et de votre participation généreuse. Grâce à vous, cette rencontre organisée entre étudiants et enseignants a permis de créer un véritable échange des plus enrichissants.
Pour ceux et celles qui n’ont pas pu assister à ce rendez-vous, sachez qu’il y avait à peu près 80/90 étudiants, 12/15 enseignants et aussi les 3 secrétaires de Psychologie. Le menu proposé pour cette occasion n’a pas vraiment été respecté, chacun d’entre-vous préférant parler des sujets qui lui tenaient à cœur, et ce n’était pas pour nous déplaire (la destruction du lien en France, l’individuel et le collectif, la pression du pouvoir sinon « la politique mise en place par le pouvoir », etc.). Mieux encore, cette rencontre a ôté l’assymétrie hiérarchique qui existe entre enseignants et étudiants pour laisser place à un réel débat entre individus. Le Café Psycho s’en réjouit.
Sachez que cette occasion, à la vue de son succès, se renouvellera prochainement. Certains enseignants se sont saisis de cet espace de pensée pour organiser de nouvelles rencontres, dont une qui aura lieu jeudi prochain, de 9h30 à 11h, sur le thème « Le malaise dans la culture ». Suite à cette rencontre, le Café Psycho vous sera ouvert à partir de 11h pour débattre sur ce thème en compagnie de certains enseignants. Les salles vous seront communiquées prochainement.
Dans un soucis de disponibilité, sachez par ailleurs que nous ferons notre possible pour organiser des rencontres sur d’autres jours que le jeudi (ce qui n’est malheureusement pas possible pour la semaine prochaine).
Vos avis, questionnements, remarques, critiques nous intéressent pour participer à l’amélioration des prochains Café Psycho. Nous vous invitons à nous écrire !
En vous remerciant encore, à très bientôt !
L’équipe du Café Psycho.
