mercredi 3 juin 2009

En espérant vous voir à la rentrée

Bonjour à tous,

Nous tenons une nouvelle fois à vous remercier pour votre participation lors des Cafés Psycho qui ont eu lieu durant la grève. Vous avez été nombreux, enseignants comme étudiants, à y participer et nous avons reçu de nombreux échos positifs.

De ce fait, nous souhaitons ardemment que cette expérience se pérennise au-delà de la grève que nous avons connue cette année. Aux vus de la reprise des cours et des partiels qui arrivent incessamment sous peu, il nous apparaît difficile d’organiser une telle rencontre dans les jours et semaines qui viennent. Mais nous voulons attirer votre attention sur le fait que cette expérience se renouvellera dès la rentrée prochaine. Bien évidemment, le Café Psycho va devoir s’adapter à ce changement de situation et va prendre une autre couleur mais l’essence restera la même : il s’agira toujours d’un moment de débat et d’échange.

Nous tenons également à remercier les secrétaires qui ont participé à l’organisation de ces rencontres.

En attendant la rentrée prochaine, vous pouvez d’ores et déjà vous rendre sur notre blog pour consulter les différents comptes-rendus de toutes nos rencontres :
http://cafepsycho.blogspot.com/

Vous pouvez, également, nous contacter par mail pour toute autre question ou remarque : cafepsy@gmail.com

A bientôt !
L’équipe Café Psycho

lundi 1 juin 2009

Compte rendu du Café Psycho sur la désobéissance

Café psycho du 6 Mai 2009

La désobéissance

Patricia Tutoy

Bonjour à tous,

Voici un compte rendu du Café Psycho du mercredi 6 Mai. Malgré le changement de salle et une journée différente de d’habitude, nous avons été heureux de voir une cinquantaine de personnes présentes. Ce Café Psycho fut le lieu de nombreuses interventions et interactions. Voilà de quoi vous replonger dans nos discussions et quelques pistes de lectures pour vos recherches personnelles !

I : Projection d’un extrait du film I comme Icare, 1979

La rencontre a commencé par la projection d’un extrait du film I comme Icare, réalisé en 1979 par Henri Verneuil. Inspiré par l’assassinat de John F. Kennedy, il s’agit d’une enquête policière concernant l’accusation d’un homme supposé responsable de ce meurtre. Lors de ses recherches, le procureur se rend dans une université pour rencontrer un professeur qui avait fait passer un test à l’accusé. Il s’agit de la reproduction de l’expérience de Milgram.

Vous pouvez visionner ces séquences sur internet :

II. La discussion

Difficile de rester indifférent devant de telles images. La plupart des participants ont été interpellés par ce film, qu’ils visionnent pour la première fois ou non.

Des questions se posent et des liens se font :


  • Par quel processus en vient-il à ne plus penser ? (ne pas déplaire au père ? Pour faire plaisir à quelqu’un ? )
  • Pourquoi obéit-il ?
  • Pourquoi et comment désobéir ?
  • Quels exemples dans le passé ?
  • Et nous ? Que ferions-nous ??!
  • Quel lien avec la situation actuelle ?

Qu’est ce qui le fait obéir dans cette expérience?

  • Le symbole de la blouse blanche à qui l’on confère le symbole du savoir
  • Le cadre de l’université
  • L’adhésion au sujet de l’expérience auquel il a accepté de participer. Nous pourrions reprendre le terme utilisé par Robert Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois dans Le petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens : Le « pied dans la porte ». Cette notion décrit le fait d’accepter une demande coûteuse, si au préalable on en a accepté une première, peu coûteuse. L’argent n’a rien à voir. Il s’agit d’auto manipulation. Le sujet croit s’être engagé dans un acte librement (… faux choix entre avoir la position du puni et du punisseur)
  • et c’est plus difficile pour lui de faire marche arrière ; en effet, en arrêtant l’expérience aussi loin, il admet implicitement qu’il a eu tort d’être allé jusque là ….
  • Enfin, il se démet de sa pensée et délègue le questionnement à l’autorité. En obéissant à l’autorité, il se désengage de toute responsabilité personnelle ; cela lui permet alors d’éviter le tiraillement entre sa culpabilité face à la souffrance de l’autre et son obligation de continuer.

Pourquoi obéir, en général ?

Nous pouvons déjà penser, en référence à ce qu’écrivait Freud dans Totem et tabou, qu’il y aurait un meurtrier en chacun de nous. Cette expérience réveillerait peut être en la personne la jouissance de faire souffrir.

Il y a des avantages :
  • La sur conformité du moi.
  • Les Avantages sociaux, car la société nous pousse à obéir, et n’hésite pas à acheter notre obéissance et notre soumission en nous offrant une place sociale juteuse. Cela nous amène donc aux notions de pouvoir et de place dans la société.

Il y a donc plus d’avantages à obéir qu’à désobéir !

Et pour reprendre ce que disait LACAN en 1968: « Ce qu’il vous manque c’est un maître » ; l’être humain à l’origine est fait pour obéir.

Parler d’obéissance nous a donc conduits à parler de leader. Nous nous sommes interrogés sur la légitimité des actes du leader et avons soulevé des questions comme : comment agit la pression du groupe face à des actes de manipulation de ce même leader ?

Cette pression déresponsabilise les individus. Une vidéo, « dossier de l’Ecran » illustre cela en présentant un ancien nazi se rendant 10 ans après sur les lieux de son exaction. Alors que la première fois son comportement n’était que violence, il adopte en ce deuxième temps un comportement humain. Il ne s’agit pas d’une prise de conscience, mais d’une situation différente. Lors de ses actes, la pression groupale était telle qu’elle déresponsabilisait son comportement.

Pour aller plus loin nous pourrions également nous intéresser à la notion de la Foule de LE BON qui développe notamment l’importance de la figure du chef. Chacun des participants déposeraient son idéal du moi en lui. Cette identification faciliterait une plus grande manipulation et plus d’obéissance.

De plus, nous obéissons d’autant plus lorsque les ordres sont suffisamment bien donnés. En effet, lorsque les tâches sont dispersées, que les responsabilités sont finement délayées, tout à chacun pense réaliser sagement et indépendamment son travail.

Lors de la Shoah comme dans tout génocide, le travail était réparti de telle sorte que chaque personne était un maillon de la chaîne, sans forcément sans apercevoir.

Nous en venons alors à une question clé :

Pourquoi et quand désobéir ?

« Nul n’est tenu d’obéir à un ordre qui porte atteinte à la dignité de l’homme. »

Raoul Vaneigem, Ecrivain, philosophe

Serait ce en fonction de :

  • L’échelle de valeur ?
  • L’empathie ?

Il est plus facile de s’opposer à quelqu’un, à quelque chose de concret, qu’à un système. La désobéissance est possible lorsque l’autorité est défaillante et qu’il est possible de s’y attaquer.

Le contact physique

Il apparaît lors de l’expérience, que le contact physique diminue les chances d’obéissance. Lors de la Shoah par exemple, cela avait été pris en compte. Il y avait très peu de contacts. Les tâches étaient réparties de telle sorte que les bourreaux faisant entrer les personnes dans les chambres à gaz n’étaient pas les mêmes qui étaient en charge de sortir les corps par la suite. Toute humanité était niée et diminuait les affects.

Et la situation aujourd’hui ?

« There is no alternative ». On pense qu’on n’a pas le choix. On se dit qu’on ne peut pas contester. On a peur de tout.

Les gens sont de moins en moins choqués par les images chocs. La désobéissance est stigmatisée. Les désobéissants sont exclus et les propos sont détournés par les médias.

Comment responsabiliser nos enfants ? Quelle éducation leur donner pour qu’ils n’obéissent pas à tout ordre ?

On ne peut pas échapper à l’influence. La seule solution est de multiplier les influences.

Mais la question des limites est importante: celles-ci sont à penser au terme d’autorité et non d’autoritarisme. On peut poser dans limite et laisser les moyens à l’autre de réfléchir par lui-même et de critiquer. L’autorité est plus dangereuse quand elle n’est pas portée par une institution, qu’il n’y a pas de cadre.

Des pistes et des liens si vous souhaitez approfondir ces questions :

Sur la Notion du mal : La banalité du mal

Voir Anna ARENDT et le procès d’Adoff EICHMANN, notamment Eichmann à Jérusalem

OU encore le film de Rony BRAUMAN: Un spécialiste toujours sur ce SS, responsable de la logistique de la solution finale.

Ou dans l’histoire du Danemark : La désobéissance par rapport au port de l’étoile juif.

Sine hebdo du mercredi 6 Mai sur le devoir de solidarité.

Dès à présent retrouvez des photos du Café Psycho de ce jour

Ce jour du 6 mai s'est tenu un Café Psycho avec pour thème : la Désobéissance. Pour cette rencontre, Patricia Tutoy a bien voulu intervenir et nous faire part de son expérience.

Avant notre prochain compte rendu concernant cette rencontre et pour vous faire patienter, voici quelques photos de cette rencontre.




Invitation au prochain Café Psycho sur la désobéissance

Bonjour à tous !


En espérant que vous avez pu profiter du soleil et des vacances, nous revoilà avec de nouvelles idées, et nouveaux intervenants et toujours autant de motivation !
Nous sommes donc heureux de vousinviter au prochain Café Psycho qui aura lieu

le mercredi 6 mai 2009
à 10h en S 206

C'est Patricia Tutoy, professeur vacataire en psychologie sociale à P13 qui ouvira le débat en venant nous parler de la désobéissance. Sujet si étroitement lié à la situation actuelle. Son intervention débutera par la projection d'un extrait de film.
Mais attention, nous tenons à vous rappelez qu'il ne s'agit pas d'un cours ! La parole est à vous également ! Alors, n'hésitez pas à venir partager, échanger et débattre autour d'un café !

Pour que ce temps d'échange perdure, et cela même après la grève, vos idées, questionnements, remarques, critiques, etc... sont les bienvenus !!! n'hésitez pas à nous contacter par mail à cafepsy@gmail.com
Et pour pouvoir suivre ce qui se passe lorsque, malheureusement vous ne pouvez vous rendre au café psycho, n'hésitez pas à consulter notre blog: cafepsycho.blogspot.com


Merci à tous
L'équipe café psycho

dimanche 31 mai 2009

Compte rendu de la rencontre avec le Dr Guyader

Vous avez été nombreux à participer aux deux derniers Café Psycho. Le succès de ces rencontres à encourager l’équipe du Café Psycho et des enseignants à créer de nouveaux événements. Suite à l’initiative de Mme Arbisio qui nous a fait entrer en contact avec le Dr. Guyader (Psychiatre, Psychanalyste et chef de projet), nous avons décidé de créer un nouvel espace de pensée qui s’est déroulé, à titre exceptionnel, en amphi 3.

Le 02 Décembre 2008, le Président de la République a fait un discours concernant une réforme de l'hospitalisation en psychiatrie. Ce discours s'est tenu au lendemain d'un drame qui impliquait un patient atteint d'une maladie mentale et Mr Sarkozy a désigné de tels patients comme dangereux. Il souhaite voir ces gens vulnérables assignés à des lieux de réclusion.

Suite à ce discours, Mr Guyader a envoyé une lettre au Président de la République pour lui faire part de son mécontentement. Vous pouvez la consulter à cette adresse.

Ces événements sont la base de la rencontre qui a eu lieu le 9 Avril 2009. En voici un compte rendu:



Le Dr Guyader a commencé par un historique des luttes et des réformes ayant conduit à la pratique de la psychiatrie telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les idées de PINEL, reprises par ESQUIROL ont menées à la réglementation psychiatrique de 1838 qui a permis de soigner les aliénés alors qu’ils étaient attachés et confondus avec le criminel.

A cette époque, l’hôpital tient une fonction d’asile qui perdurera jusqu’à ce que, dans un mouvement commun avec le front populaire, naquirent dans les années 50 les désaliénistes (tels que LE GUILLANT, BONNAFE, TOSQUELLES…) qui ont détruit la psychiatrie et construit sur ces ruines une nouvelle pratique. Dans cet intervalle, la guerre a pris place. Il y eut 45 000 morts en hôpital psychiatrique: morts de faim, de froid, etc… ce nombre effrayant nous amène à poser une question : est-ce que tout ces morts sont à comptabiliser dans la politique de Vichy dans un « préserver ceux qui en vaillent la peine » ?

Cependant, à côté de cela, dans certains hôpitaux, comme à Saint-Alban avec TOSQUELLES, la volonté de rester humain était encore privilégiée et le travail continuait.

De PINEL à TOSQUELLES, le « penser le soin » a fait naître, dans les années 60, la psychothérapie institutionnelle. De part l’écoute sinon l’éthique des pratiques qu’elle permet, le nombre d’hospitalisation et de passage à l’acte a diminué. Ceux qui prêteraient cela aux neuroleptiques, arrivés en 1952 sont, selon le Dr GUYADER, à qualifier d’escrocs. En effet, ce qui est significatif et qui permet de voir ces nombres diminuer ne sont pas ces médicaments mais plutôt l'attention que les soignants portent à leurs patients. Cette écoute et cette attention sont primordiales dans l'amélioration de l'état de ces malades. Dans cette mouvance - encore actuelle malgré l’intention de la faire taire par le biais de réformes « sécuritaires » de la part du gouvernement - citons Guy BAILLON qui veut remplacer la fonction asilaire de l’hôpital par la fonction d’accueil qu’il nous invite à penser - notion qui ne peut être applicable avec les réformes actuelles, si ce n’est par la résistance.

En effet, « Tout le monde sait, sauf ceux qui ne veulent pas l’entendre que les patients sont vulnérables, en danger dans leur corps social »: ils ont besoin d’une disponibilité d’esprit, de cœur et d’accompagnement, sinon leur sort est difficile. Le nombre de lit importe moins que les moyens qualitatifs. « Il n’est pas question de faire de la psychiatrie à la petite semaine ! » : faire un entretien tout les jours peut être très important pour un grand psychotique. Plus on s’occupe d’eux, moins on n’a besoin de leur prescrire des médicaments. Il nous faut entendre ce qu’ils disent : par exemple, en développant de grave maladie, c’est la question de besoin de maternage que nous pouvons peut-être nous poser.

A l'heure actuelle et avec les réformes proposées, il y a une tentative d’éradication de la psychanalyse à l’université et en France ainsi qu'une attaque de la psychopathologie en milieu psychiatrique. Il y a une sorte de volonté de penser l’autre comme simple et pouvant être compris par un ordinateur: c'est une suppression de la complexité qui fait l’homme, et plus précisément du sujet lui même. Les réformes limitent l’entrée/sortie des patients, elles mènent à enfermer une personne selon sa potentielle dangerosité. Les patients sont considérés comme atteints d’une infection biologique et dangereuse, non pas comme un être de vie. C’est pourquoi il nous faut résister et ne pas céder.

Nous avons la capacité de lutter en résistant, en n’appliquant pas ces mesures prises autant qu’il nous est possible. Il nous faut résister là où il y a de la vie malgré ce soin que l’on norme en amenant l’hôpital à être géré comme une entreprise. Nous en revenons à cette marchandisation de l’humain que nous refusons également par le mouvement universitaire actuel.

Nous avons ce devoir de ne pas quitter ce qu’est notre pratique. Le soin doit être là où surgit la souffrance. Le soin, c’est de permettre au patient de récupérer une capacité de vie avec le moins de souffrance ; et le discours qui circule, selon nous, va empêcher cela. Le soin c’est aussi privilégier le lien sur le lieu avec un engagement de l’équipe psychiatrique, le soin c’est « être-là » pour le patient.

Rencontre avec Mr Guyader en images

Le Jeudi 9 Avril s'est tenue, en Amphi 3, une rencontre exceptionnelle avec Mr Guyader, un membre du "collectif des 39". Lors de cette intervention, Mr Guyader nous a parlé de la "Nuit sécuritaire" (meeting où fut proposé un mouvement de défense de la Psychiatrie) et a exposé la situation concernant la psychiatrie.

Voici quelques photos de cette rencontre.

Invitation pour la rencontre du Jeudi 9 Avril avec le Dr Guyader

Rencontre avec le collectif des 39
« La Nuit sécuritaire »
Vous avez été nombreux à participer aux deux derniers Café Psycho. Le succès de ces rencontres à encourager l’équipe du Café Psycho et des enseignants à créer de nouveaux événements.
Suite à l’initiative de Mme Arbisio, nous vous invitons ce jeudi 9 Avril à une rencontre exceptionnelle pour discuter, avec des intervenants du collectif des 39, de la Nuit sécuritaire.
Quel est ce collectif ? Et de quoi s’agit-il ?
  • Le collectif des 39
Ce collectif réunit 39 personnes proposant un mouvement de défense de la Psychiatrie.
  • La Nuit sécuritaire
Il s’agit d’un meeting où ont été évoqués les dangers qui menacent la Psychiatrie aujourd’hui, autant pour les patients que pour les professionnels. Cela ne concerne pas seulement les étudiants et enseignants de Psychologie, mais tous les citoyens de notre société.
A la fin du XVIIIème siècle, Pinel, avec son idéologie humaniste, a libéré les malades mentaux de leurs chaînes et les a distingué des marginaux (délinquants, criminels, etc.). Aujourd’hui, avec le plan proposé par Sarkozy, le 2 Décembre 2008, la folie est à nouveau assimilée à une pure dangerosité sociale comme peut l’être la délinquance. La « politique de civilisation » annoncée est une politique de « rupture » du lien car il tente de bafouer les solidarités sociales qui ont permis de sortir du Grand Enfermement de la folie.
Les soignants en Psychiatrie n’acceptent pas que l’Etat laisse penser que les personnes atteintes de troubles psychiques font bien plus souffrir la société que celle-ci ne les aliène.
Les citoyens refusent de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société. Et vous, qu’en pensez-vous ?
Venez en débattre jeudi 9 Avril 2009 à 9h30 en Amphi 3


Pour plus d’information : www.collectifpsychiatrie.fr


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L'équipe du Café Psycho !